Votre contrat d’intérim mentionne 35 heures par semaine, mais sur le terrain, l’entreprise utilisatrice ne vous confie que 25 ou 30 heures de travail effectif. La différence entre les heures contractuelles et les heures réellement travaillées a un impact direct sur votre rémunération. Ce décalage n’est pas une fatalité : le contrat de mission vous protège, et un courrier bien rédigé suffit souvent à débloquer la situation.
Heures contractuelles en intérim : ce que votre contrat de mission garantit vraiment
Le contrat de mission (ou contrat d’intérim) précise une durée de travail hebdomadaire. Quand il indique 35 heures, l’agence d’intérim s’engage sur cette base pour calculer votre salaire.
Vous avez remarqué un écart entre vos fiches de paie et vos heures réelles ? Le problème vient souvent du relevé d’heures transmis par l’entreprise utilisatrice à l’agence. Si ce relevé est incomplet ou erroné, votre rémunération est amputée sans justification valable.
Deux cas de figure se présentent :
- L’entreprise utilisatrice réduit vos horaires de sa propre initiative, sans avenant au contrat de mission. Dans ce cas, l’agence d’intérim reste tenue de vous rémunérer sur la base contractuelle de 35 heures.
- L’entreprise utilisatrice invoque une baisse d’activité. Elle peut alors recourir à l’activité partielle, qui s’applique aussi aux intérimaires mis à disposition. Les heures non travaillées donnent lieu à une indemnisation spécifique, pas à une simple suppression de salaire.
- Le relevé d’heures comporte une erreur matérielle. Le salarié intérimaire a le droit de le contester auprès de l’agence en fournissant ses propres relevés (pointages, plannings, attestations de collègues).
Dans tous les cas, l’agence d’intérim est votre employeur juridique. C’est à elle que vous adressez votre réclamation, même si le problème vient de l’entreprise utilisatrice.

Délai de réclamation en paie et droits du salarié intérimaire
Un point rarement abordé dans les modèles de courrier disponibles en ligne concerne le délai dont vous disposez pour agir. En matière de rappel de salaire, le délai de prescription est de trois ans à compter de la date à laquelle la somme aurait dû être versée.
Concrètement, si vous avez subi une réduction d’heures il y a six mois sans compensation, vous êtes encore largement dans les délais pour réclamer. Gardez précieusement vos bulletins de paie, vos plannings et toute trace écrite (SMS, e-mails) confirmant vos horaires réels.
Congés payés et indemnité de fin de mission
Le calcul des congés payés en intérim repose sur le travail effectif. La base reste de 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, avec une indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) versée en fin de mission si les congés ne sont pas pris.
Si vos heures réelles sont inférieures à celles du contrat, l’ICCP calculée sur un salaire réduit vous pénalise doublement. Le même raisonnement s’applique à l’indemnité de fin de mission (IFM), qui représente en principe une part significative de votre rémunération totale de mission. Réclamer vos heures contractuelles protège aussi vos indemnités de fin de contrat.
Notez que l’IFM peut être écartée dans certains cas : missions saisonnières, missions d’usage prévues par accord collectif, ou CDI intérimaire. Vérifiez votre contrat avant de l’inclure dans votre courrier.
Modèle de courrier de réclamation pour heures non payées en intérim
Ce modèle s’adresse à votre agence d’intérim. Envoyez-le en lettre recommandée avec accusé de réception pour conserver une preuve de la date d’envoi.
Structure du courrier à suivre
Votre lettre doit contenir les éléments suivants, dans cet ordre :
- Vos coordonnées complètes et le numéro de votre contrat de mission.
- Le rappel de la durée hebdomadaire inscrite au contrat (par exemple, 35 heures) et la période concernée par l’écart.
- Le nombre d’heures réellement travaillées chaque semaine, avec les preuves à l’appui (relevés d’heures, plannings, attestations).
- Le montant approximatif du manque à gagner sur votre salaire, vos congés payés et votre IFM.
- La demande explicite de régularisation dans un délai raisonnable (15 jours est courant).
- La mention que vous vous réservez le droit de saisir le conseil de prud’hommes en l’absence de réponse.
Exemple de formulation
« Madame, Monsieur, titulaire du contrat de mission n° [référence] en date du [date], je constate que mes bulletins de paie des mois de [mois] mentionnent [X] heures travaillées par semaine, alors que mon contrat stipule une durée hebdomadaire de 35 heures. Aucun avenant n’a été signé pour modifier cette durée.
Je vous demande de procéder au rappel de salaire correspondant aux heures contractuelles non rémunérées, ainsi qu’à la régularisation de l’ICCP et de l’IFM calculées sur cette base. À défaut de réponse sous 15 jours, je me réserve la possibilité de saisir le conseil de prud’hommes. »

Cumul intérim et chômage : un levier souvent ignoré
Si la réduction d’heures impacte fortement votre revenu mensuel, sachez que France Travail autorise le cumul intérim et allocation chômage sous conditions. La déclaration de votre activité d’intérim n’entraîne pas la suppression automatique de vos droits. Le montant de l’allocation est ajusté en fonction de vos revenus d’intérim, ce qui peut partiellement compenser la perte liée aux heures manquantes.
Ce point change la stratégie de votre courrier. Si vous percevez une allocation, mentionner le cumul dans votre lettre n’est pas nécessaire. En revanche, régulariser vos heures auprès de l’agence permet aussi de fiabiliser vos déclarations à France Travail et d’éviter un trop-perçu ultérieur.
Que faire si l’agence d’intérim ne répond pas à votre réclamation
L’absence de réponse dans le délai fixé ouvre la voie à une saisine du conseil de prud’hommes. Le salarié intérimaire relève de la juridiction prud’homale au même titre qu’un salarié en CDI ou CDD.
Avant d’en arriver là, une relance écrite rappelant votre premier courrier suffit parfois à accélérer le traitement. Certains syndicats spécialisés dans l’intérim accompagnent aussi les salariés dans ces démarches, y compris pour la rédaction des courriers.
Conservez systématiquement une copie de chaque document envoyé et reçu. En cas de litige devant les prud’hommes, la chronologie des échanges constitue votre meilleur argument. Un contrat de mission qui prévoit 35 heures reste un engagement ferme : la charge de prouver que la réduction était justifiée repose sur l’employeur, pas sur vous.

